Méga-feux, canicules à répétition, sécheresse : les événements extrêmes de cet été 2026 ont rappelé à chacun ce que le dérèglement climatique change déjà en France. Dans le même temps, la flambée des prix du carburant a replacé le sujet de l’indépendance énergétique de l’Europe au premier plan, tant pour le budget des ménages que pour des raisons de souveraineté. Ces faits montrent qu’il est nécessaire d’accélérer le financement de l’électrification et de la sortie des énergies fossiles.
La transition énergétique n’est pas qu’un sujet de politique publique : c’est aussi un thème d’investissement à part entière. Je vous en détaille les ressorts et les moyens qui existent pour vous y exposer.
Des besoins de financement colossaux
La Commission de Bruxelles estime que l’Union européenne doit investir environ 660 milliards d’euros par an entre 2026 et 2030, puis 695 milliards par an de 2031 à 2040, pour produire de l’énergie bas carbone, moderniser ses infrastructures énergétiques et réduire sa consommation. La moyenne annuelle effectivement dépensée entre 2011 et 2021 s’établissait à 240 milliards d’euros : il s’agit donc de presque tripler le rythme de la décennie précédente.
La France et l’Europe n’ont pas d’autre option que d’investir dans la transition bas-carbone : un changement climatique non maîtrisé et ses effets en cascade - baisse de productivité, diminution du nombre de jours travaillables, perte de capital naturel, etc. – coûteraient plus cher que les conséquences d’un changement de modèle énergétique, selon une note publiée ce mois-ci par la Direction générale du Trésor.
Le thème ne se limite pas aux producteurs d’énergie
En 2023, 49% de l’électricité mondiale était déjà décarbonée, selon le Forum économique mondial, mais les énergies propres ne représentaient que 14,8% de l’énergie consommée toutes formes confondues. L’écart entre ces deux chiffres mesure tout ce qui reste à accomplir en dehors de la production d’électricité, dans le chauffage des bâtiments, les transports et les procédés industriels.
🏗️ Les réseaux électriques constituent l’un des principaux chantiers d’investissement de la transition. L’Irena, agence internationale pour les énergies renouvelables, évalue les besoins mondiaux à 1 200 milliards de dollars par an, quand 500 milliards ont été investis en 2025. Sachant qu’environ 2 500 gigawatts de capacités éoliennes et solaires attendent aujourd’hui leur raccordement.
L’efficacité énergétique constitue un autre gisement d’investissements : isolation, pompes à chaleur et pilotage des bâtiments réduisent la facture sans qu’il soit nécessaire de produire un kilowattheure supplémentaire.
La demande d’électricité dispose enfin d’un nouveau débouché en forte croissance. Les centres de données représenteraient 10% de la croissance de la demande mondiale d’électricité d’ici 2030. Les alimenter, les raccorder et les refroidir mobilise les mêmes équipementiers que l’électrification des usages.
L’investissement dans la transition bas-carbone ne se limite donc pas au financement des projets éoliens et solaires. Il regroupe nombre d’activités et de métiers très différents qui obéissent à des cycles parfois spécifiques : pour l’investisseur, c’est une source de diversification.
Des risques inhérents au thème
⚠️ Le thème de la transition énergétique porte des risques spécifiques. Passage en revue.
Les taux d’intérêt. Infrastructures, parcs de production d’électricité, rénovation de bâtiments : ces projets se financent à crédit sur vingt ans ou plus. Quand les taux montent, le coût du financement augmente et la rentabilité attendue des projets diminue.
La dimension politique. Une partie des investissements nécessaires à la transition dépend de choix budgétaires. Certaines décisions risquent de passer au second plan, alors que les budgets des États sont sollicités par l’effort de défense et contraints par la vive remontée des taux d’intérêt. En octobre 2025, l’Agence internationale de l’énergie a révisé en baisse de 5% sa prévision mondiale de capacités renouvelables installées pour la période 2025-2030 par rapport à son estimation précédente. En cause : les États-Unis, ou ses prévisions ont diminué de moitié.
Les matériaux. Éoliennes, panneaux solaires, batteries, câbles et moteurs électriques consomment du cuivre, du lithium, du nickel et des terres rares en quantités bien supérieures aux équipements qu’ils remplacent. Or, la Chine assure 70% de l’extraction mondiale de terres rares et 90% de leur raffinage. Pour l’investisseur, cette concentration milite pour une exposition au thème de la transition énergétique sur plusieurs secteurs et sous-secteurs pour répartir les risques.
Les différentes façons de vous exposer
Les actions en direct. Acheter quelques titres de sociétés minières, d’équipementiers ou de producteurs d’électricité est possible dans un compte-titres ordinaire, un plan d’épargne en actions (PEA) s’ils y sont éligibles, ou un contrat d’assurance vie. Le danger est de se limiter à quelques lignes. Dans un portefeuille excessivement concentré, vous augmentez mécaniquement le risque de sous-performance, en cas de difficultés passagères d’une ou deux sociétés.
Les fonds et les ETF thématiques permettent de régler la question de la diversification en passant un seul ordre d’achat. Un fonds indiciel coté (ETF) réplique un indice à frais réduits et achète sans distinction toutes les valeurs qui le composent. Un fonds géré activement consiste à confier le choix de valeurs à un gérant professionnel, moyennant des frais plus élevés. Dans les deux cas, il convient d’examiner la composition du portefeuille pour s’assurer qu’elle est cohérente avec l’objectif de financement de la transition visé. Autre point à vérifier, le comportement du fonds depuis sa création, dans différentes configurations de marché.
Le non coté. Depuis quelques années, l’investissement dans les infrastructures, les sociétés non cotées (capital-investissement) et la dette privée s’ouvrent progressivement aux particuliers, via des fonds, notamment au sein de l’assurance vie et du plan d’épargne retraite (PER). Le non coté se distingue du coté sur un point essentiel : quand vous achetez une action en Bourse, votre argent va au vendeur du titre, pas à l’entreprise. En dehors des introductions en Bourse et des augmentations de capital, le non coté est la seule voie qui permet d’apporter directement de l’argent frais à des projets. En contrepartie, votre placement reste immobilisé pendant plusieurs années et les frais sont plus élevés.
Pour conclure
La transition énergétique bénéficie de plans d’investissement massifs destinés à décarboner l’économie et à diminuer sa dépendance aux importations de pétrole, de gaz et de charbon. Cette mégatendance irrigue de nombreux secteurs de l’économie, qui peuvent constituer autant d’opportunités pour l’investisseur de long terme.
Pour autant, investir dans la transition énergétique ne signifie pas miser aveuglément sur tout ce qui porte l’étiquette « verte ». Si vous souhaitez vous exposer à ce thème, privilégiez la diversification pour répartir les risques et regardez sous le capot des fonds avant d’investir : composition, frais, historique et poids des principales positions. Et comme pour tout placement non garanti, n’y consacrez que l’argent dont vous n’aurez pas besoin à court terme.
✏️ Par Olivier Brunet, rédacteur en chef & cofondateur ToutSurMesFinances.com
